Lors de la session du 15 janvier 2026, animée par Jamie Smith-Maillet, quatre dirigeants de médias publics européens et canadiens se sont penchés sur les enjeux majeurs auxquels leurs organisations sont confrontées dans un paysage médiatique et politique de plus en plus polarisé. Les intervenants étaient : Cilla Benkö, directrice générale de Swedish Radio / Sveriges Radio, Natacha Mercure, directrice générale Audio et Radio de Radio-Canada, Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, et Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France.
Fournir une information fiable et nationale
Pour Sibyle Veil, le rôle fondamental du service public en France est de fournir une information honnête, d’éduquer les citoyens et de préserver la culture nationale, tout en veillant à ce que la société ne replonge pas dans les erreurs passées. Les médias publics doivent contrer les effets des algorithmes qui privilégient les contenus émotionnels et souvent faux, dans un contexte européen marqué par une guerre de l’information et des enjeux de souveraineté culturelle.
En Belgique, Jean-Paul Philippot a rappelé que le média public est un enfant de la démocratie et joue un rôle crucial pour promouvoir la diversité culturelle. Il souligne le défi de rester connecté au public sans dépendre des tiers technologiques et de produire du contenu local attractif pour les jeunes générations.
Au Canada, Natacha Mercure a évoqué la dépendance passée de Radio-Canada à Meta, qui a bloqué leur contenu pendant deux ans. Cette expérience a renforcé la nécessité de proximité et d’accessibilité, tout en garantissant la pluralité des opinions sur un territoire vaste et entouré de contenu anglophone.
Confiance et innovation
En France, seulement 30 % de la population a une image positive des médias, d’où l’importance des radios locales pour renforcer le lien avec les citoyens et leur engagement dans la société. Sibyle Veil cite la Normandie et la Bretagne comme exemples d’investissements régionaux permettant de connecter réellement le service public au public.
En Suède, Cilla Benkö souligne que la radio linéaire reste indispensable pour toucher tous les publics, y compris les jeunes adultes (75 % de couverture), malgré les pressions financières. La loi sur le service public garantit l’indépendance politique et religieuse de Swedish Radio, un point essentiel pour conserver la confiance du public.
En Belgique, Jean-Paul Philippot évoque des innovations éditoriales et numériques depuis 2018, avec une évolution culturelle interne pour améliorer le dialogue et la performance des plateformes publiques.
Financement et souveraineté des contenus
Le financement reste un enjeu critique. En Suède et au Canada, il est vital de défendre le rôle du service public pour garantir l’indépendance éditoriale et sécuriser les crédits parlementaires face aux aléas politiques. Pour Natacha Mercure, inscrire le financement dans la loi pourrait éviter que le service public soit menacé à chaque élection.
L’usage des plateformes privées pour atteindre les jeunes publics n’est pas contradictoire avec la souveraineté des contenus. Pour Sibyle Veil, être présent sur des plateformes externes sert à rediriger le public vers les médias publics, tout en luttant contre la désinformation. Jean-Paul Philippot insiste également sur la nécessité de contrer les bulles créées par les algorithmes et d’attirer le public vers la plateforme propre de la RTBF.






