Sous influence : comment les médias résistent à la guerre informationnelle

Le 15 janvier 2026, une table ronde animée par Xavier Eutrope a réuni plusieurs acteurs des médias pour analyser les mécanismes de la guerre informationnelle et les moyens d’y résister. Les échanges ont mis en lumière des stratégies coordonnées, leurs impacts sur les démocraties et le rôle central du journalisme.

La Moldavie, un terrain d’ingérences
Alina Radu, journaliste, directrice et co‑fondatrice de Ziarul de Gardă (Moldavie), a décrit des événements troublants lors des élections. Selon elle, la Russie finance des manifestations contre l’Union européenne, paie des personnes pour influencer le vote et diffuse ces messages sur les réseaux sociaux. Environ 10 % des électeurs recevraient de l’argent pour voter contre. Des journalistes auraient même été payés pour relayer ces contenus. Si le camp pro‑européen a gagné cette fois, la situation reste instable, d’autant que des transferts d’argent transitent par des banques européennes.

Désinformation, émotions et intelligence artificielle
Jordan (opsci.ai) a évoqué l’essor du fact‑checking face aux fausses vidéos générées par l’IA. Quand « tout semble faux », un sentiment de colère s’installe, qui peut ensuite être exploité par des messages politiques. L’objectif est de simuler l’indignation pour produire un impact politique.

Réseaux coordonnés et confusion organisée
Pour Chine Labbé, vice‑présidente senior chargée des partenariats et rédactrice en cheffe Europe et Canada chez NewsGuard, ces campagnes se répètent avant chaque élection. La Russie, mais aussi la Chine, déploient des réseaux coordonnés qui volent des contenus, les modifient et les publient via de faux sites d’actualité locaux. La méthode dite « Matriochka » multiplie les sources factices afin de brouiller les repères et de rendre les voix légitimes inaudibles. Le but principal reste de semer la confusion.

Le rôle clé du journalisme de terrain
Jean‑Marc Four, directeur de Radio France Internationale (RFI), a rappelé que cette guerre informationnelle est multinationale et omniprésente. Il la compare à un produit de supermarché : un « producteur » principal, la Russie via des sociétés écrans, une chaîne de diffusion portée par les plateformes, et une alliance où la Chine joue aussi un rôle, notamment via TikTok. L’IA est la « cerise sur le gâteau », rendant ces opérations plus rapides et plus simples. Face à cela, le journalisme de terrain reste essentiel : enquêter en profondeur, découvrir des faits nouveaux et surtout expliquer, encore et encore.

Soutenir les médias face aux plateformes
Les intervenants ont souligné la difficulté de lutter quand de petits pays ou des médias « underground » sont attaqués par des acteurs puissants. La démocratie est en danger partout. Le soutien passe aussi par la publicité et le financement, même si ces ressources sont parfois détournées vers un journalisme de moindre qualité.

Cette discussion a rappelé une évidence : face à la désinformation, l’information rigoureuse, expliquée et incarnée reste une arme indispensable.