Le 15 janvier 2026, un panel réunissant des experts des médias s’est penché sur les défis et opportunités de l’hyperdistribution lors d’une session animée par David Barroux. Parmi les intervenants figuraient AA Ara Aprikian, Directeur Général adjoint de TF1, Claire Léost, Directrice générale de CMA Media, Natacha Mercure, Directrice générale Audio et Radio de Radio‑Canada, et Bruno Patino, Président d’Arte France.
TF1 : s’adapter pour financer le contenu
Pour AA Ara Aprikian, la transformation numérique pose une double question : être présent partout et réussir à monétiser ce contenu. TF1 observe une baisse de la durée d’écoute par téléspectateur (environ 3 h) et constate que la publicité digitale dépasse désormais la publicité TV. L’éditeur explore de nouvelles pistes, comme le micro-paiement pour les avant-premières ou les bonus sans publicité, une stratégie qui a donné des résultats très positifs. Selon Aprikian, le contenu d’information doit rester accessible partout pour contrer la désinformation et maintenir une mission démocratique.
CMA Media : digitaliser sans perdre en rentabilité
Claire Léost a partagé l’expérience du groupe digitalisé CMA Media (RMC, BFM, Brut). L’acquisition de Brut a été un atout stratégique, et le partenariat avec YouTube permet de publier du contenu à J+14. Toutefois, Léost souligne que l’hyperdistribution a un coût : le digital génère une hausse de chiffre d’affaires mais reste moins rentable que le linéaire. Pour diversifier le public, CMA Media a créé des formats spécifiques pour YouTube, ainsi que RMC Live, ciblant notamment les femmes. L’idée est de centraliser la régie pour optimiser le modèle économique tout en s’adaptant à la consommation numérique.
Radio‑Canada : la prudence de la plateforme propriétaire
Natacha Mercure a présenté la stratégie de Radio‑Canada, qui choisit de ne pas hyperdistribuer ses contenus. Pour la radio et les podcasts francophones, tout est concentré sur leur propre plateforme, avec des licences de diffusion permettant d’être deuxième en nombre d’écoutes après Spotify. Mercure insiste sur l’importance de rester attentif aux données d’audience et de s’appuyer sur des partenariats audiovisuels pour équilibrer l’accès entre plateformes publiques et privées.
Arte : accent sur l’éditorial et la diversification
Bruno Patino a expliqué qu’Arte, chaîne de taille modeste, mise sur la qualité éditoriale plutôt que sur la distribution massive. La convergence des usages entraîne une divergence des contenus, et Arte utilise YouTube depuis plus de 10 ans, à la différence de CMA Media qui revendique une présence plus récente. La marque Arte reste centrale pour l’attribution et la visibilité. L’approche économique se diversifie : jeux vidéo payants, rapprochement d’Arte.tv et de la chaîne, et modèles adaptés selon les contenus et plateformes.
Vers de nouveaux modèles économiques
La session a mis en lumière un point commun : tous les acteurs doivent trouver un équilibre entre diffusion et monétisation. TF1 et Arte observent une convergence vers des stratégies de distribution plus directes, à l’instar de Netflix. CMA Media et Radio‑Canada montrent que la digitalisation nécessite des choix clairs sur la distribution, la cible et la rentabilité. Au final, l’hyperdistribution n’est pas seulement une question de présence sur toutes les plateformes, mais aussi d’adaptation éditoriale et économique à l’ère du streaming.






